Le burn-out, à qui la faute ?

L’histoire d’Aude, une jeune femme brisant le silence de l’épuisement au travail n’est peut être que le début d’une longue série. Il aura fallu attendre son livre « Quand le travail vous tue, histoire d’un burn-out et de sa guérison »… pour inonder la presse et dévoiler au grand jour un mal tabou, caché par cet orgueil dont les Français savent faire preuve en s’oubliant eux-mêmes : l’overdose de travail.

Mais à qui la faute ? A l’employeur ? A la société ? A soi-même ?

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Le Japon a identifié et reconnu ce phénomène comme un accident de travail depuis les années 70, quant à la France, elle ne découvre ce phénomène que depuis quelques années.  Pourquoi tant de retard et si peu d’écoute envers le salarié dans ce pays d’Occident ?

Il serait sans doute trop restrictif de se dire que les Japonais ont toujours eu une réelle conviction du travail et un souci du respect de la collectivité qui dépassent allégrement le comportement des Français. La société française pourrait être excusable de cette cécité face aux salariés en détresse en se disant que c’est un phénomène nouveau, il faut du temps pour le contrer. Mais en attendant le vide juridique existe et ne caractérise pas de maladie ce phénomène. L’Etat, lui, ne la qualifie pas du tout.

En effet, Jean-Claude Delgènes, Directeur général du cabinet Technologia spécialisé dans l’évaluation et la prévention des risques professionnels, pointe du doigt le contexte professionnel actuel qui devient de plus en plus difficile avec un « chômage de masse qui dure, de nouvelles organisations du travail aggravées par l’exigence de rentabilité, des objectifs de moins en moins réalistes et une gouvernance non-respectueuse de l’humain ».

En France, il est difficile de détecter les signaux d’une telle maladie dans une entreprise. Il faudrait que des salariés dénoncent un climat qui se dégrade dans leur entreprise, ou de sensibiliser toute une entreprise souvent complètement débordée dans ses tâches quotidiennes. Le problème reste que cette maladie est « nécessairement lié au travail » comme a su le prouver le docteur Agnès Martineau-Arbes. Elle définit ce phénomène comme un sur-engagement professionnel caractérisé par un épuisement émotionnel, une perte d’estime de soi et la déshumanisation de la relation à l’autre.

La sonnette d’alarme a notamment était tirée par les professionnels de la santé au vue de l’aggravation du phénomène. En dix ans, le burn-out s’est étendu des enseignants et des professions médicales à tous les secteurs d’activités et de toutes les catégories socio-professionnelles. Face à cette progression, les spécialistes du burn-out souhaiteraient un sursaut des médecins du travail et des représentants du personnel dans le but de protéger les salariés en négociant des accords de prévention et en initiant le débat dans l’entreprise.

Si eux ne le font pas, la France peut se rassurer d’avoir sur son territoire des citoyens qui veulent faire progresser les mentalités et offrir leur parole à ceux qui n’y parviennent pas. C’est le cas de Line, 29 ans, ancienne infirmière qui a accordé une interview au journal Métro. Elle raconte son histoire, sa descente lente mais brutale dont elle ne guérira sans doute jamais. Elle n’est pas la seule à crier ce ras le bol de faire croire que tout va bien, de dépasser ses limites alors que tout va mal. Le corps médical est dans cette bataille depuis de nombreuses années. Certains médecins considèrent que le burn-out se transforme en une épidémie et qu’il faut arrêter de fermer les yeux quand le phénomène aujourd’hui touche un salarié sur dix.

Dans une société où tout doit aller plus vite, plus loin, être plus performant, il faudrait s’arrêter ? Beaucoup vous direz qu’ils n’ont pas le temps ou qu’ils seront remplacés aussi vite qu’on change de chemise. Les drames professionnels aujourd’hui ne sont plus par faute de protection technique mais bien d’un dysfonctionnement collectif aboutissant à des catastrophes individuelles dont France Télécom se souvient.

La société française doit tendre l’oreille et prendre exemple sur ces entreprises prenant en considération le bien-être de leurs salariés en créant des espaces de confort, de discussions et de sorties entre collègues pour ressouder la cohésion du groupe.

Comment détecter un burn out ?

  • Vous vous fatiguez plus facilement et avez souvent des difficultés pour vous lever le matin.
  • Vous travaillez de plus en plus alors que votre rendement diminue constamment ;
  • Vous avez l’impression que vos efforts sont rarement remarqués ;
  • Vous avez une attitude plus désabusée ;
  • Vous oubliez parfois vos rendez-vous ;
  • Vous êtes plus irritable ;
  • Vous voyez de moins en moins votre famille et vos amis intimes.

Ces symptômes doivent être présents depuis une longue durée. Toute personne sera sensibilisée d’une manière particulière au phénomène.

Les facteurs de risque, selon l’INRS :

L’épuisement professionnel est une conséquence du stress au travail, parmi les causes du burn-out, il y a le stress. Différentes études ont spécifiquement permis de souligner le rôle des facteurs suivants :

  • absence de soutien social (relations insuffisantes ou de mauvaise qualité avec les collègues, les supérieurs, les proches),
  • absence de reconnaissance du travail effectué,
  • manque de contrôle (faiblesse de la participation aux prises de décision, des marges de manœuvre, manque de retour d’information sur l’efficacité du travail),
  • perte de sens du travail,
  • surcharge de travail,
  • sentiment d’inéquité, sentiment d’un manque de réciprocité,
  • demandes contradictoires,
  • manque de clarté dans les objectifs, les moyens…

Comment reconstruire sa vie après un burn-out ?

Les témoignages des personnes touchées par le burn-out sont pratiquement tous unanime, pour s’en sortir il faut se faire aider. Il est très difficile de se relever de cette étape tout seul . Une thérapie sera d’un secours précieux. Il faudra se reconcentrer sur soi-même et réapprendre à hiérarchiser ses exigences pour éviter que ces dernières vous rongent.

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One Response

  1. Morin
    Morin 20 septembre 2016 at 19 h 27 min | | Reply

    Et…le docteur Martineau Arbes a fait comment dans sa propre équipe? ?? Visiblement le harcèlement moral dont certaines personnes ont souffert ne l’a pas interpellé outre mesure…. Ça fait un peu sourire de la voir partout comme une spécialiste du burn out et,donc du « mal être  » au travail….