Le couac Cahuzac, ou l’homme qui se fait prendre la main dans le sac

7760054591_liberation-cahuzacPresque un an après l’élection de François Hollande, le Président de la République et son gouvernement connaissent leur premier coup dur, qui pourrait faire valser quelques têtes, et réorienter sérieusement la politique française. Enfin, ça c’est qu’on aimerait entendre dans les prochains jours….

Retour sur une affaire qui n’en est qu’à ses débuts.

Mardi 2 avril, sur son blog, Jérome Cahuzac, qui a quitté ses fonctions de Ministre du Budget le 19 mars, passe aux aveux : « J’ai été pris dans une spirale du mensonge et m’y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords. Penser que je pourrais éviter d’affronter un passé que je voulais considérer comme révolu était une faute inqualifiable. J’affronterai désormais cette réalité en toute transparence. »

Le jour même, il a avoué détenir un compte en Suisse aux juges d’instruction Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke. Cet ancien chirurgien de 60 ans, qui fit fortune dans les implants capillaires, est ressorti du bureau des magistrats du pôle financier mis en examen pour « blanchiment de fraude fiscale. »

Bien sûr, personne ne dira le contraire, un ministre du budget, qui est censé contrôler où vont les capitaux français, qui aurait du s’occuper de mettre en place la taxe à 75% et j’en passe des meilleurs, c’est grave. On lui pardonne pas nous à Jérôme. Mais en même temps, ne dit-on pas toujours que le cordonnier est le plus mal chaussé ?

Ben en politique, c’est un peu la même chose, il faut être réaliste.

Ca c’est la partie émergée de l’iceberg, mais la partie immergée est la plus intéressante.

D’abord, on refait le match. Le 4 décembre dernier, le site Médiapart (encore et toujours lui), révèle que Cahuzac, a détenu, jusqu’en 2010 un compte chez UBS. Le cirque commence.

Médiapart poursuit son enquête, apporte des preuves, et le lendemain, déclaration du principal intéressé, devant l’Assemblée Nationale : « Je démens catégoriquement les allégations contenues sur le site Médiapart. Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte à l’étranger. Ni maintenant, ni avant ».

La voilà la boulette. Nous, qu’il ait, de l’argent, et même qu’il l’ait gagné de façon douteuse, c’est son affaire. Mais de là à être schizophrène, devant l’Assemblée Nationale, devant les représentants du peuple, donc devant tous les français. Y a un truc qui me dépasse.

Et la suite alors ?

Quant à la suite, c’est une autre affaire, il y aura certainement encore des reliquats, qui tous les jours lui rappelleront qu’il a fauté, mais ça ce n’est qu’accessoire. Je me pose aujourd’hui fondamentalement deux questions : à qui profite le crime ? Qui est desservi par ce même crime ?

A la première question, je n’ai malheureusement pas d’autre réponse que les extrêmes, ancrés de nationalisme et de haine, qui eux peuvent se targuer de faire la leçon aux autres n’ayant jamais été aux affaires.

A la seconde, bien que le Président de la République et le gouvernement soient discrédités, et que je ne donne pas cher de leur peau dans les jours à venir, je ne peux m’empêcher de penser à cet homme, qui s’est comme il le dit lui-même « fourvoyé » dans le mensonge. Un homme certainement meurtri, qui a commis une faute « inqualifiable », mais qui reste malgré tout un homme ayant droit comme tous les hommes à la justice, qui sera elle je l’espère « exemplaire et irréprochable ».

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