Christiania, un village d’irréductibles Danois

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À Copenhague, la capitale danoise, existe un monde parallèle du nom de Christiania. C’est un petit quartier de la ville qui a proclamé son indépendance de l’État danois en 1971 et qui attire aujourd’hui l’attention de nombreux touristes. Ce sont des squatteurs qui, à l’époque, se sont emparés de cette ancienne base militaire avant de lui attribuer le statut de cité autogouvernée. Depuis, les résidents sont en conflit permanent avec le gouvernement danois aux yeux de qui Christiania n’est qu’une commune sujette à des lois un peu particulières. Le commerce de cannabis, par exemple, y était parfaitement légal jusqu’en 2004. Celui-ci existe toujours aujourd’hui mais son statut légal est la cause de multiples conflits et négociations.

Après le départ de l’armée, la zone n’était surveillée que par quelques gardes et quelques sans abris s’appropriaient les bâtiments vides. En septembre 1971, les habitants des quartiers alentours ont cassé les barrières pour accéder aux zones inexploitées afin que leurs enfants puissent s’en servir comme places de jeu.

Bien que la conquête du quartier n’ait pas été préméditée, certains y voient une forme de révolte contre le gouvernement danois. Effectivement, les prix des loyers étaient particulièrement haut à Copenhague à cette époque.

C’est le 26 septembre 1971 que Jacob Ludvigsen, un journaliste membre du mouvement Provo travaillant pour le magazine « Hovedbladet » – particulièrement populaire chez les jeunes – a publié un article dans lequel il racontait son aventure dans « la cité militaire interdite ». L’article titré « Les citoyens ont conquis la cité militaire interdite » officialisait l’ouverture de la « ville libre ».

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Depuis son ouverture en 1971, le commerce de drogues à Christiania est une véritable épine dans le pied du gouvernement danois. Source de débats constants, des manifestations ont même eu lieu dans les pays voisins et tout particulièrement en Suède où le gouvernement exerce une tolérance zéro envers les drogues. À son arrivée au pouvoir en 2001, le gouvernement de centre-droit d’Anders Fogh Rasmussen souhaitait mettre fin aux activités illégales de Christiania. Cela comprenait la vente de cannabis mais aussi diverses activités criminelles ; le gouvernement a demandé l’arrêt des ventes de drogues dures, le commerce d’armes, la contrebande, etc. Les habitants de Christiania ont alors répondu en accusant le gouvernement de lancer de telles rumeurs afin de salir l’image de la Freetown. Effectivement, c’est l’arme qu’utilise le gouvernement afin de combattre cette communauté et la « normalisation » de la zone. Les partis de gauche remarquent qu’en exagérant les aspects illégaux et en les associant aux motards locaux, aux gangs de rue et autres groupes criminels, la septicité du public quant à la communauté est de plus en plus forte. Cela dit, le tourisme dans le secteur n’en a pas pour autant été affaibli.

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En 2002, le gouvernement a voulu rendre le commerce de cannabis moins visible. Les vendeurs de cannabis ont choisi de répondre par l’humour en couvrant leurs stands de filets de camouflages militaires.

En 2004, les stands ont été abattus par les dealers eux-mêmes à la veille d’une opération des forces de police. Ils étaient au courant des plans du gouvernement et ont préféré s’en occuper calmement et éviter une intervention trop violente. Dans les semaines qui ont suivi, la police a effectué plus d’une vingtaine d’arrestations résultant en l’élimination d’une grande partie du réseau de dealers de Pusher Street. En mars 2004, la police occupait la zone. De nombreux dealers ont alors commencé à évacuer leurs stocks dans d’autres quartiers de Copenhague et dans d’autres villes du pays.

Depuis juillet 2012, les habitants de Christiania sont enfin propriétaires de leur commune !

Après avoir rassemblé et soumis 51.8 millions de couronnes à l’État danois, les résidents du quartier ont effectué la première étape de l’achat de l’ancienne base militaire. L’organisation chargée de mettre l’accord en place, Fonden Fristaden Christiania, est maintenant tenue de verser un payement annuel de plus de 5 millions de couronnes (670’000 euros) pendant trois ans.

8 millions d’euros ont été rassemblés par le biais de levées de fond mais la majeure partie de la somme déversée provient d’un prêt remboursable sur 30 ans de la part de la banque Realkredit Danmark.

Cet accord donne fin à 40 ans de disputes entre les habitants de ce « quartier de la liberté » et le gouvernement.

J’ai récemment discuté avec mon ami suédois Fredrik Wittbjer qui se rend fréquemment à Copenhague. Nous avons discuté de ses séjours dans la commune de la liberté et il m’a expliqué que la majorité des habitants de Copenhague avaient une bonne image du cannabis grâce à Christiania. Non seulement au sein du peuple, mais aussi dans la sphère politique. Le maire de la ville, Frank Jenssen, a plusieurs fois tenté de légaliser le cannabis dans la capitale sur le modèle hollandais. Malheureusement ou heureusement, le gouvernement  a systématiquement fait barrage.

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